|H.e.d.o.n.i.h.i.l.i.s.m.e|

Ca rend sauvage, l'écriture. On ne peut pas écrire sans la force du corps. Il faut être plus fort que soi pour aborder l'écriture, il faut être plus fort que ce qu'on écrit. Marguerite Duras.

samedi 22 mars 2008

|S.w.e.e.t.B.A.N.G|

by_Eugenio_Recuenco_2
[by Eugenio Recuenco]

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Son cœur posé là, battement d’aile et de cil.

Elle calcule chacun de ses gestes, comme si tout était gravé, comme si c’était inéluctable. Elle veut être intense, elle veut brûler l’air et s’asseoir sur la mort. La lumière qui vacille éclaire l’horloge, de temps en temps. Chaque fois, l’impression qu’il est trop tard.

Elle le voit, à travers la vitre. Son sol tremble, il perd souvent l’équilibre. Elle ne sourit pas, quand elle le voit étendre les bras et se coller au mur. L’aiguille, enfoncer, tirer, le fil, fin, fragile. C’est l’homme, le sien, qu’elle regarde, il est assis à son bureau, maintenant. Il écrit, les sourcils froncés. De temps en temps, il se lève, enlève un vêtement, et se rassoit. Nu, elle ne l’a jamais vu. Les secrets de son regard le recouvrent. Impénétrable.

Elle le regarde, et l’aiguille s’enfonce dans son doigt. Elle le porte à ses lèvres, le goût métallique de la vie s’écoule sous sa langue. Au bord de ses lèvres à lui, le même goût, se souvient-elle. Elle l’avait mordu, avait serré ses mâchoires jusqu’à ce qu’elle sente la chair s’ouvrir. Là encore, elle ne l’avait pas quitté des yeux.

Lui avait les paupières closes. Il semblait ne les ouvrir que lorsqu’ils mélangeaient leur sens, dans le noir. Il parlait peu, jamais pour ne rien dire. C’était pour empêcher ses organes de s’échapper, expliquait-il. Elle s’amusait alors à tirer sur son menton mal rasé pour qu’il ouvre la bouche. Elle y plaquait la sienne, et hurlait. Si elle n’entendait pas l’écho se répercuter dans son estomac, elle le punissait en expulsant l’air vicié de ses poumons dans sa gorge.

Il était dos à elle, à présent, elle savait qu’il consacrait ce morceau d’existence à ses fantômes. Certains vivaient un peu, et riaient trop fort, d’autres s’allongeaient juste dans un coin et soupiraient d’ennui ou de regret. Cela ne la concernait pas, elle le sentait, alors lorsqu’elle ne pouvait voir les traits de son visage, elle baissait les yeux sur son ouvrage. Aiguille, piquer, tirer, le fil entre les dents, un nœud.

Le cœur frémissant glissait souvent. Elle avait acquis certains réflexes, depuis le temps. Quand il lui échappait, elle se mettait à chanter. Les paroles débordaient, immédiatement, les notes emplissaient la pièce, et puis un timide sourire. Le creux dans sa poitrine restait douloureux, mais derrière la vitre, le corps tendre battait la mesure. Elle pouvait encore vivre.

A ses pieds, les ressorts de l’horloge éventrée grincent doucement. L’aiguille restante s’est tue. Elle enfonce l’autre, celle qui sonne les heures, dans la plaie de son ardeur. Pour la dernière fois. Il se retourne. Sur leurs joues, rouges et confiantes, se creuse la même virgule. Ils peuvent encore vivre.

 

Posté par momoshi à 22:01 - ~Mots d'amour [0] - Permalien [#]

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